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07/08/2007

Une contribution de Frédéric Faravel...

La gauche française est en crise mais on aurait tort de penser que cette crise lui soit spécifique. Ses racines sont internationales, communes à toutes les gauches occidentales, et le seul vrai tort de la gauche française est d’avoir plus tardé que d’autres à mesurer l’ampleur des défis que lui lancent les changements du monde : fin d'une période de croissance keynésienne fondée sur l'exploitation coloniale, révolution néo-libérale anti-fiscaliste, boom économique de l'Asie du Sud et du Sud-Est, allongement de la durée de la vie…
Ces quatre changements ont totalement bouleversé le rapport de force entre le Capital et le Travail et contraint l’Occident, entreprises et salariés, à des révisions déchirantes. La gauche est, dans ces conditions, à réinventer. Les gauches sont plus nécessaires que jamais pour amortir la violence sociale de ces chocs mais c’est tout leur logiciel qui est à changer.

Une nouvelle synthèse à Droite :
Lors de la campagne électorale, nous avons assisté à un zapping politique dans lequel la Gauche n'a pas su présenter un projet de société face à deux dangers majeurs, le nationalisme xénophobe de Le Pen et Villiers, un projet réactionnaire et ultra-libéral du candidat Sarkozy qu'il n'est plus possible de qualifier de républicain tant il a déconstruit les valeurs républicaines de Liberté, d'Egalité et de Fraternité.
À titre d'exemple, la proposition de M. Sarkozy d'instaurer un « ministère de l'immigration et de l'identité nationale » renoue avec une tentation politique plus contemporaine, qui avait saisi la droite dès 1984. La nouvelle antienne du candidat Sarkozy fut habilement choisie : elle pointe les divisions de la gauche sur la question de l'assimilation, l'approbation majoritaire du lien entre immigration et identité nationale inclut probablement des électeurs issus de l'immigration, soucieux de refermer la porte derrière eux. Les enfants de ceux-là mêmes qui, récemment encore, étaient déclarés "inassimilables".
Il faut donc être « fier d'être Français ». Rien à voir censément avec Reagan et Bush, qui ont conquis le pouvoir en leur temps avec l'art et la bannière nationalistes ? Parallèle saisissant pourtant, puisque ces deux présidents réussirent à incarner la défense du petit peuple contre les élites, alors qu'ils étaient les candidats du patronat le plus puissant. Ils sont parvenus à profiter du sentiment patriotique, du ressentiment fiscal, et de l'exaspération des « travailleurs » contre les chômeurs.
On pourrait reprendre au regard des trois valeurs de la devise républicaine en quoi Sarkozy déforme le projet républicain. Bouclier fiscal, réduction des effectifs du service public, réduction du périmètre des services publics, contraintes sur le droit de grève, légalisation du travail au noir par les heures supplémentaires, nouvelle loi sur l'immigration, caractère génétique des souffrances psychiques, etc. Tout ceci contribue à la plus grave rupture dans l'histoire idéologique de la Droite française depuis la Libération.

La défaite culturelle à Gauche :
La défaite du 6 mai est pour toute la Gauche sans appel. Ce n'est pas une victoire d'accéder au 2nd tour de la présidentielle. Il ne s'agissait pas non plus de déterminer qui détiendrait le leadership à gauche entre "radicaux" et "réformistes", la seule victoire eût été une nouvelle présidence de gauche. Au 1er tour, les électeurs de gauche ont cherché avant tout à empêcher l'élimination de la gauche quelques soient leurs sensibilités, au 2nd tour ils ont essayé d'empêcher Nicolas Sarkozy de devenir président de la République.
Cette défaite politique majeure s'inscrivait il est vrai dès le premier tour de scrutin le 22 avril : le score de la candidate socialiste ne doit son caractère élevé qu'à un vote massif des électeurs communistes, verts, altermondialistes et d'extrême gauche en sa faveur motivé par la crainte d'une absence de la gauche au second tour ; c'est donc un vote fondé en partie sur la peur et non totalement sur l'adhésion. François Bayrou doit son score au ralliement d'électeurs socialistes, c'est un déportement de l'électorat vers la droite,  s'expliquant par le fléchissement des valeurs culturelles de la gauche dans la société. Nous avons l'obligation impérieuse de faire le bilan de ce qui ont été 5 années de travail idéologique et culturel de la droite, sans tirer la leçon hâtive que la société ce serait droitisée. Interrogeons-nous sur ce que nous n'avons pas été capables d'expliquer et pourquoi notre message ne passe plus, pourquoi les travailleurs en viennent à confondre leurs intérêts directs et ceux de leurs employeurs.
Le nouveau modèle de leadership que Ségolène Royal a voulu proposer, la démocratie participative censée valoriser la proximité, est assez peu mis en avant par les électeurs ne se convaincant pas totalement de sa pertinence. Dans le contexte socio-économique actuel, marqué par une certaine prise de conscience de la réduction des marges de manœuvre, à l’inverse d’un Sarkozy, dont l’électorat s’approprie (voire répète comme une litanie) les slogans ou autres phrases clés, l’électorat de Ségolène Royal restitue difficilement les grands axes de son programme.
Pour les soutiens de Mme Royal, ce serait une victoire d'avoir imposé ses thèmes à la gauche, qui auraient dû correspondre aux attentes véritables des Français. Les trois thèmes porteurs de sa campagne - Travail, refus de l'assistanat, ordre juste - auraient été critiqués injustement par les socialistes ! Il semble que Sarkozy ait été plus convaincant sur ces thèmes ce qu'elle a concédé. Mais qui a fait campagne sur les principales préoccupations des électeurs dans cette élection, logement, emploi, pouvoir d'achat, mécanismes de solidarité, éducation, retraites ? Tous, thèmes favorables aux positions de la gauche… Les électeurs valorisent dans leur motivation électorale l’attachement aux valeurs de la gauche ou la place accordée à l’éducation. Ils mettent en avant le parcours d’une femme tenace. Mais si elle était créditée d’une capacité d’écoute et de proximité, Mme Royal inquiétait par ses hésitations, son manque d’assurance.
La Gauche n'arrive plus à définir un dépassement non totalitaire et non collectiviste du capitalisme. Les différentes composantes de la Gauche, quand elles prétendent vouloir accéder ou participer au pouvoir, se bornent à dénoncer les méfaits de la doctrine économique libérale, mais continuent pourtant à y rechercher les solutions pratiques. Ainsi la Gauche toute entière est en échec et doit prendre le temps de reformuler ses options pour ne pas désespérer ceux qui continuent à la suivre.

La crise des Partis :
Pour éclairer ses choix, le citoyens ne doit pas simplement être en mesure de comprendre le monde qui l'entoure, il doit inscrire sa réflexion dans un cadre de référence idéologique, à un projet de société. C'était la fonction des partis. Mais de plus en plus confinés à un rôle de sélection des candidats, ils ont perdu une part de leur mission de construction de projets d'avenir à partir de repères idéologiques identifiés.
Les militants d'origine populaire se font rares, ce qui s'explique aussi par la généralisation, au sein du PS, d'une "culture du débat". Or cette "intellectualisation" favoriserait la relégation des militants les plus modestes. Le monde et la politique se complexifient mais le PS n'a mis en place aucune structure de formation adaptée à son public populaire ou moyen ; parallèlement, le légitimisme atteint une forte proportion des débatteurs et technocrates de section, ce qui permet de s'interroger sur la profondeur d'un certain nombre de débats tenus dans le PS.
Ce sont les pratiques les plus ordinaires du militantisme qui sont dévalorisées. Étonnamment, le PS semble tolérer ou encourager un militantisme distancié. La conséquence est que la dimension cynique des comportements prend une place prépondérante dans le parti. La concurrence touche toute la communauté militante, la "lutte pour les places" y est peu déniée. Malgré cela, le PS, et la gauche, rencontre les plus grandes difficultés à se renouveler, à renouveler ses candidats, à rajeunir ses cadres, à s'identifier à la population dont on brigue les suffrages. Les candidatures de jeunes militants sont découragées, la parité est régulièrement utilisée pour écarter les jeunes hommes ou les jeunes femmes qui pourraient gêner. Qui n'a pas vu que ceux, qui sont venus expliquer sur les plateaux des télévisions et des radios en 1995 et 2002 les raisons de nos défaites et leurs propositions pour la rénovation de la gauche, étaient à nouveau présents sur ces mêmes plateaux pour tenir les mêmes propos le 6 mai 2007 !
Ce sont les liens rompus avec l'ensemble des réseaux sociaux et la faible implantation du PS qui accroissent la volatilité de l'électorat socialiste, condamnant le PS à faire fluctuer sa ligne idéologique. Cela éclaire aussi les raisons de l'usage intensif des sondages si déterminant dans la désignation interne du candidat socialiste en novembre 2006 : Faute de réseaux puissants irriguant la société, les élites socialistes sont de fait conduites à s'appuyer sur des formes de production non "mobilisée" de l'opinion publique comme les sondages. Ce n'est pas un hasard si la vision socialiste minore de plus en plus toute conflictualité sociale pour se nourrir de travaux sociologiques sur l'individu et les valeurs post-matérialistes - et ce en contradiction flagrante avec l'objet des partis de gauche - qui dessinent des individus "entrepreneurs de leur propre vie".
 
Frédéric Fatavel 

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