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23/05/2007

La droite a gagné la bataille idéologique ?

medium_logo_libe.gifA l'instar de leurs homologues américaines, les élites françaises ont réussi à imposer leur pensée aux électeurs.
La droite a gagné la bataille idéologique


Par Susan GEORGE, membre du conseil scientifique d'Attac

QUOTIDIEN : mardi 15 mai 2007

Ainsi, en France, en l'an 2007, l'on peut faire voter les gens contre leurs intérêts. Cela fait de longues années que ça marche comme un charme aux Etats-Unis, mais je croyais les Français plus aptes à la résistance. Inspirée par le non à la constitution en mai 2005, j'avais écrit (dans Nous peuples d'Europe ) combien je me sentais fière d'appartenir à un peuple aussi intelligent. Je ne regrette toujours pas ma citoyenneté française ­ au moins les gens ici votent, et même massivement, alors que la moitié des Américains, croyant sans doute ne rien pouvoir changer, restent chez eux. Mais tout de même, quel changement en deux ans ! Est élu et bien élu quelqu'un qui a dit ce qu'il fera et qui fera en effet ce qu'il a dit. Il fera de beaux cadeaux aux entreprises transnationales du CAC 40, aux grandes fortunes, et, dans une moindre mesure, aux classes moyennes supérieures. Tant pis pour les autres. Selon notre nouveau président, l'économie française se serait enlisée, il lui faudrait devenir plus «compétitive» ; elle doit ressembler davantage à l'économie américaine, la plus néolibérale du monde. Au nom de la «compétitivité», les citoyens français doivent renoncer aux 35 heures, aux allocations et protections de tout ordre, au «Welfare State» ; bref, à tous les acquis depuis les années 1930. Et ils l'ont cru ! L'économiste américain Mark Weisbrot explique qu'il n'y a aucune raison pour que les habitants d'un pays quelconque, s'il est développé et jouit d'une productivité élevée, réduisent leur niveau de vie ; il montre que le taux du chômage des jeunes est à peu près le même aux USA et en France, que les Américains ne sont nullement «plus riches» que les Français. Bien sûr, les élites utilisent l'argument de la concurrence internationale pour obliger les gens à accepter des sacrifices, mais cela signifie uniquement qu'on les laisse faire et non pas qu'il y aurait nécessité économique. C'est pour elles la méthode la plus efficace pour canaliser les richesses vers le haut de la pyramide sociale ­ c'est-à-dire vers elles-mêmes ­ et ça marche à tous les coups. Chez nous aussi, hélas. La mondialisation néolibérale, c'est en dernière analyse la victoire de l'idéologie de ceux que j'appelle les «gramsciens de droite» parce qu'ils ont compris le concept «d'hégémonie culturelle» forgé par le penseur marxiste Antonio Gramsci, mort dans une prison fasciste italienne en 1937. La classe dominante triomphe lorsqu'elle est arrivée à faire penser les gens comme ils «doivent» penser. Si l'on arrive à occuper la tête du peuple, nul besoin de coercition : les coeurs, les mains et les votes suivront.
En Amérique, de grandes fondations privées dépensent depuis des décennies des sommes astronomiques ­ bien plus du milliard de dollars ­ pour que la pensée de cette droite se répande, s'insinue dans toutes les institutions, devienne le «sens commun». Pour légitimer ses idées, elles financent les intellectuels, les centres de recherche, les publications, les colloques, les bourses... Autrement dit, elles paient l'eau dans laquelle nagent les poissons et les poissons n'en savent rien.
De ce fait, vingt-cinq années après l'intronisation de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, les Français, a priori si intelligents, tombent dans le même panneau. Si les élections législatives nous assènent un autre coup semblable, l'élite internationale pavoisera encore plus qu'aujourd'hui ; l'élite française aura tout son temps et un boulevard devant elle. Qu'une seule voix de gauche ait pu encourager, par souci de pureté, de revanche, que sais-je encore, par l'abstention ou par le vote blanc-nul, ce résultat me dépasse et me navre. Il n'y a pas de combat désormais plus urgent que celui de la connaissance, si ce n'est celui de l'unité.
Dans cette bataille, Attac, dont j'ai été pendant six ans vice-présidente et dont la devise est «association d'éducation populaire tournée vers l'action» a toute sa place. Aujourd'hui, cette association s'est dotée d'un conseil d'administration renouvelé et énergique et repart du bon pied après une crise dont les auteurs portent, à mon sens, une responsabilité historique. Cette crise, dont le point d'orgue fut la fraude aux élections internes de juin 2006, nous a paralysés pendant de longs mois. Heureusement, depuis janvier, nous reprenons le flambeau et l'offensive. Nous allons combattre sur le front à la fois de la connaissance et de l'action.
La connaissance n'est pas un luxe ni le fait d'une quelconque minorité. Elle est un droit pour tous, et un instrument indispensable de lutte et de libération. Plus on la partage, plus elle est féconde, plus elle augmente. Elle est le carburant du mouvement altermondialiste. Pour changer le cours des choses, il faut comprendre, s'armer de faits, d'arguments, d'analyses et être capable de démonter ceux d'en face.
C'est ce que le peuple français a saisi en mai 2005 lors de l'immense débat national sur la constitution européenne. C'est cet élan qu'il faut retrouver immédiatement en vue des élections législatives ; c'est ce travail patient qu'il faudra consentir pendant tout le règne du roi du mensonge.
A chacun d'y contribuer à sa manière.


http://www.liberation.fr/rebonds/nouvellegauche/253783.FR.php
© Libération

Commentaires

Je suis absolument d'accord pour l'avoir moi même constaté notamment à propos des 35h00, des faux chomeurs, de l'igf, des droits de succession, des heures sup, des retraites...
J'ai fait la même analyse et je crois qu'effectivement le salut ne viendra que par la propagation du savoir...
Alors internet contre TF1?

Ecrit par : dominique bianco | 23/05/2007

toute la dialectique dans cette histoire, c'est de constater que la droite gagne de fait une bataille idéologique puisqu'elle réussit à convaincre une grande partie de l'électorat de gauche que c'est son interprétation et son analyse qui est pertinente ("travailler plus pour gagner plus"...), avec une victoire culturelle préalable de l'extrême droite sur la droite républicaine qui devient réactionnaire et xénophobe, alors que les thématiques attendues par les électeurs restaient favorables aux discours traditionnels de la gauche : emploi, logement, pouvoir d'achat, éducation, etc. Bref en développant un discours intégrant l'agenda et le vocabulaire de la droite, la gauche perd le combat avant même de l'avoir mené : c'est l'erreur dramatique et effrayante de Ségolène Royal qui nous a fait le coup de l'ordre juste, du refus de l'assistanat, de l'autorité, de la valeur travail (sans dire avant le débat du premier tour que la valeur travail c'est d'abord l'emploi pour tous et le travail payé à sa juste valeur) comme principales attentes selon elle des Français. Bref une reddition idéologique sur toute la ligne... mais comme Valls et BHL disent qu'elle a eu raison.
Relire l'analyse de BVA au lendemain de la présidentielle : http://resistances95.over-blog.com/article-10536190.html

Ecrit par : Frédéric Faravel | 29/05/2007

SPIDER-MAN EST SOCIAL-DEMOCRATE

SPIDER-MAN 3 une chronique cinema du
http://republicoin.blogspot.com

Et dire que j’ai failli rater ce superbe film que tout mon entourage comme la critique assassinait. Soi-disant que c’est vraiment n’importe quoi, ce Peter Parker qui pleure, ce bouffon vert cyclothymique et cette Mary-Jane un peu gourdasse sur les bords alors qu’elle est plutôt du genre coriace dans le Comics.

Du coup j’envisageai d’aller voir chez un pote une version pirate de « Sicko », le dernier docu-fiction du mythomentaliste Michael Moore, traitant du système de santé américain, avant de me raviser. Tiens, cela dit en passant, c’est marrant comment quasiment personne ne parle de « Manufacturing Dissent » alors que la tête de Moore est invitée à Cannes. Il s’agit d’un documentaire canadien, où Debbie Melnyk et Rick Caine, déçus par ce qu’ils ont découvert sur Moore après en avoir été des admirateurs, y montrent les procédés « discutables », mensongers voir manipulatoires que Moore utilise dans ces documentaires à lui.

Tout ça pour dire qu’au final, j’ai bien fait d’être honnête en allant voir Spider-man 3. La question de l’assurance maladie y est bien mieux traitée. Comment ça ?!? Attendez voir, vous allez comprendre.

Comprendre enfin puisque bande de mauvais, de toute évidence vous avez pipé que dalle à ce très grand film politique. Et oui mon cher Sam Raimi (le réalisateur), je suis le seul qui a compris ton génie. Or comme il est toujours en salle et que je tiens absolument à ce qu’il devienne le film culte des sociaux-démocrates du monde entier, voici la grille de lecture qui vous permettra d’apprécier enfin, ce film à sa juste valeur.

En effet Spider-man est Social-Democrate et ce film était en fait un documentaire prophétique annonçant la défaite Ségolaniste du 6 mai 2007, la mort du Bayrouisme et la victoire à terme des idées sociales-démocrates. Il pourra également être facilement transformé en un brillant clip de campagne pour mon Barack Obama adoré mais ne nous égarons point et revenons à l’explication qui s’impose en observant les personnages.

Commençons par le plus important d’entre eux puisque bien des choses en découlent. L’homme de Sable. Celui-ci qui n’a pas un « mauvais fond » comme il est dit dans le film verse dans le crime pour une seule raison. Parce que sa petite fille est malade et qu’il a besoin d’argent pour la soigner. Du coup, une conclusion s’impose. Si les EUA disposaient d’une assurance-maladie comme la nôtre, rien de tout ça ne serait arrivé. Chose que le gentil social-démocrate de Peter Parker comprend à la fin du film.

Peter Parker. Fasciné un temps par le culte de la popularité, les sondages, l’opinion, le matérialisme spirituel, le goût d’un pouvoir personnel sans limites, symbolisés par cette matière « brune » capable de transformer l’homme en bête, nous assistons à une phase où Pet se la pète. Il connaît alors la solitude du pouvoir. Toutefois lucide et sensible, il finira par redevenir social-démocrate et par s’allier avec un personnage qui se découvrira centriste.

Ce personnage est le Bouffon-vert. Déchiré entre l’arrogance et la générosité, le désir de vengeance et celui de justice, l’égoïsme et la solidarité, l’héritage et le mérite, regardant à droite et à gauche, le bouffon-vert ne sait pas trop où se situer jusqu’au moment où une déflagration lui crame le côté droit du visage, ce qui le pousse à s’allier sur sa gauche avec Peter afin de sauver Mary-Jane.

Mary-Jane, peu sûre d’elle même, versatile, en quête de reconnaissance, aux talents faiblards, jalouse de la notoriété de son compagnon et de la blonde qui lui tourne autour, attirée par un bouffon-vert centriste et enfin, se mettant dans un pétrin nécessitant l’alliance de toutes les forces de progrès pour la sortir de là, nous fait penser à une candidate de Gauche devenue célèbre par sa chute finale. La même chute que dans le film.

En conclusion on peut dire que Spider-man est le super héros de la 3e voie, celle de la Social-démocratie. Ça tombe bien puisque le Spider-Iman que je suis, le héros qui jette ses toiles sur la Toile, l’est également. Merci encore mon cher Sam Raimi. Il paraîtrait que tu travailles à la suite du « Seigneur des anneaux ». J’attends ça aussi avec impatience. Namarië.

Le chef du SIL, la Super I-heros League.

Ecrit par : sil | 30/05/2007

C'est drôle, je pensais qu'en disant que la gauche avait perdu "la bataille des valeurs", F. Fillon allait malgré lui susciter une raz-de-marée idéologique, un réveil de ces fameuses valeurs auquel la Gauche tient. Et puis rien, ou presque, seulement quelques réactions, comme cet article. C'est assez inquiétant, car cela montre que le rouleau compresseur du conditionnement poursuit son oeuvre. Pour ma part, rien ne m'arrachera à mes propres valeurs, qui privilégient la loi du plus juste à celle du plus fort.

Ecrit par : Jacques | 31/05/2007

 
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